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Gaza, phase 2 : du génocide à la réserve coloniale...

La « phase 2 » du plan Trump prolonge la logique génocidaire et coloniale à Gaza. Sous couvert de gouvernance et de sécurité, elle organise la mise en réserve d’un peuple déjà écrasé par des mois de destruction.

Le lancement de la « phase 2 » du plan Trump a été annoncé par Trump lui-même. Estimant que la phase 1, le « cessez-le-feu », était achevée, il a fait pression sur la classe dirigeante israélienne pour passer à l’étape suivante.

Une phase 1 entièrement dictée par Israël

En pratique, le seul interlocuteur étant Israël, les résultats de chaque « phase » ne dépendent pas d’accords entre les parties mais exclusivement des considérations israéliennes. Pour la phase 1, les objectifs réels ont ainsi été ceux d’Israël : la restitution des otages et des cadavres d’otages. Cette exigence a été entièrement satisfaite par le Hamas, à l’exception d’une seule dépouille. Netanyahou s’en est servi comme d’un prétexte de rupture, alors même que cette question n’avait jusque-là suscité aucun intérêt de sa part.

Cette position est d’autant plus cynique qu’Israël conserve plus de 700 « dépouilles d’otages », selon une politique assumée depuis des décennies. Elle l’est plus encore quand on sait qu’à Gaza, retrouver les corps de sa famille sous les décombres est souvent impossible, faute de machines — Israël les empêchant d’entrer dans la bande, en violation des accords de la phase 1.

La zone détenue par Israël à Gaza est passée de 40 % à 47 % depuis le cessez-le-feu. Israël n’a absolument rien respecté de l’accord sur, par exemple, l’aide humanitaire, l’ouverture de Rafah, la ligne jaune, les bombardements quotidiens… Bref, la poursuite du génocide, mais à plus basse intensité.

Dans ces conditions, le passage à la phase suivante est un scandale et le signe d’une politique qui ne tient absolument aucun compte du peuple palestinien.

Phase 2 : démantèlement de la résistance et tutelle coloniale

Cette phase 2 prévoit une nouvelle gouvernance pour Gaza, fondée sur le désarmement du Hamas et la mise en place d’une administration confiée à un conseil dit « technocratique ». Trump a commencé à en annoncer les membres au sein d’un « Board of Peace » — le conseil de la paix — composé de plusieurs « stars » internationales, parmi lesquelles Tony Blair, Jared Kushner ou Witkoff. AucunE PalestinienNE n’y figure, pas plus que des personnalités se réclamant d’un quelconque soutien à la cause palestinienne. Ce conseil est « ouvert » à d’autres pays invités par Trump : le Canada, l’Argentine, la Turquie, la Biélorussie et même Israël. Le dictateur biélorusse Loukachenko a déjà accepté.

Mais l’enjeu central de la phase 2 reste le désarmement du Hamas. Celui-ci a déjà accepté plusieurs modalités restrictives, comme le gel de la production de nouvelles armes ou l’abandon des armes lourdes. Mais Israël n’accepte aucun compromis ; son objectif est la disparition pure et simple du groupe politique : démantèlement des infrastructures, notamment des tunnels, puis probablement reddition, qui signifierait au mieux des centaines d’années de prison, et plus probablement des exécutions.

L’accord lui-même, indexé sur un vague « sentiment de sécurité », est suffisamment flou pour permettre à Israël d’affirmer à tout moment que le Hamas n’a pas désarmé et ainsi de ne pas respecter ses propres engagements. C’est un schéma constant dans tous les accords signés par Israël, y compris ceux d’Oslo : la sécurité israélienne, réelle ou supposée, y sert de seul critère, tandis que celle des PalestinienNEs n’est jamais prise en considération.

Habillage diplomatique d’un projet colonial

Comme Israël n’a respecté aucun des points de la phase 1, il semble clair que la phase 2 ne changera pas grand-chose, si ce n’est chercher une légitimité à la poursuite de la politique coloniale — légitimité qui n’existera que dans la tête des dirigeants israéliens et dans les communiqués du ministère des Affaires étrangères français.

Le choix de Tony Blair, symbole du retour au mandat britannique et criminel de guerre, comme celui de Jared Kushner, artisan des accords d’Abraham visant à assurer la survie et la domination d’Israël dans la région, confirme le caractère colonial du plan initial.

La stabilisation de la « zone verte », seule zone promise à une reconstruction derrière la ligne jaune, le rétablissement de colonies dans le nord de la bande et la concentration de la population sur un ultime bout de territoire isolé, coupé du monde, privé d’aide humanitaire et régulièrement bombardé, dessinent l’avenir imposé aux GazaouiEs.

Les États-Unis ont créé les réserves « indiennes » pour parquer les derniers indigènes que l’État et les colons avaient laissés en vie. Ce modèle est très probablement celui de leur principale colonie du 20e siècle : Israël.

Édouard Soulier

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